Saisonniers : recruter ne suffit plus, il faut aussi savoir former rapidement et efficacement
Vos saisonniers arrivent bientôt, ou bien vos campagnes de recrutement sont déjà lancées ? Alors la vraie question n’est plus seulement : allez-vous trouver des candidats ? La vraie question est désormais : comment allez-vous les rendre rapidement opérationnels, en sécurité, et sans désorganiser vos équipes ?
Car, sur le terrain, c’est souvent là que les difficultés commencent. En effet, une entreprise peut réussir à recruter… et pourtant perdre en qualité, en sécurité, en productivité et en sérénité si l’intégration repose sur l’improvisation. À l’inverse, un accueil structuré, une formation claire et un accompagnement bien pensé peuvent faire toute la différence, aussi bien pour la performance que pour la fidélisation.
Dans cet article, nous allons donc voir pourquoi la formation des saisonniers est devenue un enjeu stratégique, ce qui fragilise l’intégration dans les premiers jours, quelles actions concrètes peuvent être mises en place, et pourquoi ce sujet concerne directement les lecteurs du TWI Institute France.
Pourquoi la formation des saisonniers est devenue un enjeu stratégique
Depuis plusieurs années, les entreprises font face à un double mouvement. D’un côté, les tensions de recrutement augmentent. De l’autre, les besoins en compétences opérationnelles deviennent plus critiques. Dès lors, chaque nouvel arrivant compte davantage qu’avant.
Le rapport interministériel Tensions sur les effectifs et compétences dans l’industrie et dispositifs de formation associés rappelle ainsi que l’industrie faisait face à 281 580 projets de recrutement en 2023, dont 63 % jugés difficiles. Par ailleurs, 966 000 départs en fin de carrière sont attendus d’ici 2030 sur les métiers industriels. Autrement dit, les entreprises doivent simultanément recruter, intégrer, former et transférer des compétences dans un contexte durablement tendu.
En outre, ce défi n’est pas seulement industriel. Il concerne aussi l’agriculture, la logistique, la maintenance, le conditionnement, ou encore les activités soumises à des pics d’activité. L’étude de l’Aract Hauts-de-France consacrée à l’agriculture dans le Douaisis le montre bien : les exploitants doivent à la fois recruter et fidéliser leurs saisonniers, alors même que la performance de la campagne dépend largement de leur capacité à bien les accueillir.
Donc, derrière la notion de saisonnier, il faut voir un enjeu plus large : celui de l’intégration rapide de profils nouveaux, parfois peu expérimentés, dans des environnements de travail exigeants
Recruter vite ne suffit pas si les saisonniers ne deviennent pas vite opérationnels
Très souvent, les entreprises concentrent l’essentiel de leurs efforts sur le recrutement. Pourtant, une fois l’embauche réalisée, une autre difficulté apparaît immédiatement : comment faire monter la personne en compétence sans perte de temps, sans flou, et sans erreur ?
Or, dans beaucoup d’organisations, cette étape reste encore trop informelle. Quelques explications sont données oralement, un collègue “montre vite fait”, le tuteur fait au mieux entre deux urgences, et chacun suppose que le nouveau va apprendre “sur le tas”. Cependant, ce mode de transmission montre très vite ses limites.
En effet, lorsqu’il n’existe ni méthode commune, ni standard clair, ni séquence d’apprentissage structurée :
- Les consignes varient d’un encadrant à l’autre ;
- Les attentes restent implicites ;
- Les points clés du geste sont mal transmis ;
- et les erreurs se répètent.
Le rapport interministériel sur les compétences dans l’industrie met d’ailleurs en lumière un paradoxe particulièrement instructif : à court et moyen terme, le volume de personnes formées pour l’industrie est théoriquement supérieur aux besoins de recrutement. Pourtant, les tensions persistent. Pourquoi ?
Parce qu’entre la formation suivie et l’emploi réellement occupé, il existe une forte déperdition.
En 2021, parmi les jeunes formés du CAP au BTS qui étaient en emploi un an après leur sortie, 35 % avaient suivi une formation industrielle, mais 16 % seulement exerçaient réellement un métier industriel.
Autrement dit, le problème n’est pas seulement de former. Il est aussi de transformer cette formation en compétence effectivement mobilisable sur le terrain. On en revient toujours au TWI qui prend ici toute sa valeur en permettant de transformer un apprentissage flou en transmission structurée, observable et reproductible.
Les nouveaux arrivants sont aussi les plus exposés aux risques
La difficulté ne se limite pas à la productivité ou à la qualité. Elle concerne aussi, et très directement, la sécurité.
L’INRS rappelle que près de 15 % des accidents graves et mortels surviennent au cours des 3 premiers mois après l’embauche. De plus, les salariés de 15 à 24 ans ont 1,5 fois plus d’accidents du travail que le reste de la population.
De manière plus large encore, le dossier de l’INRS Réussir l’accueil des nouveaux embauchés pour prévenir les risques rappelle qu’un quart des accidents du travail concerne des salariés ayant moins d’un an d’ancienneté. Et cela vaut pour un périmètre très large : nouveaux embauchés, intérimaires, stagiaires, saisonniers, apprentis ou sous-traitants.
Autrement dit, un nouvel arrivant n’a pas seulement besoin qu’on lui “explique le poste”. Il a besoin qu’on l’aide à :
- observer sa situation de travail,
- repérer les dangers,
- comprendre les risques,
- et adopter les bons réflexes au bon moment
Ce qui fidélise les saisonniers… et ce qui les décourage
Recruter autrement
En rendant les offres plus visibles, notamment via les réseaux sociaux, les acteurs de l’emploi, les lycées et les centres de formation.
Fidéliser grâce à un accueil structuré
En présentant les lieux, les attentes, les modalités de rémunération, et en donnant un cadre clair dès le départ.
Préserver la santé et la motivation
En alternant les postes, en améliorant les conditions de travail et en formant les encadrants à l’accueil et à la prévention.
Là encore, on retrouve une logique très proche du TWI :
quand le cadre est clair, que les attentes sont explicites et que la transmission est structurée, la confiance et l’efficacité progressent ensemble.
Ce que l’entreprise doit préparer avant l’arrivée des saisonniers
ustement, pour améliorer la formation des saisonniers, plusieurs actions simples peuvent être anticipées.
Clarifier les tâches critiques
Il faut d’abord identifier les opérations où une erreur a un impact fort sur :
- la sécurité,
- la qualité,
- le délai,
- ou la continuité de l’activité.
Organiser un accueil clair
Ensuite, l’accueil doit couvrir les éléments concrets du quotidien :
- présentation de l’entreprise,
- horaires,
- règles de circulation,
- consignes d’urgence,
- modalités de rémunération,
- contacts utiles,
- et points d’attention du poste.
Désigner un référent ou tuteur
Par ailleurs, l’ACMS recommande explicitement de désigner un salarié accueillant ou un tuteur, capable d’accompagner le nouvel arrivant jusqu’à la prise en main sécurisée du poste.
Faire pratiquer, pas seulement expliquer
Surtout, il ne suffit pas de montrer. Il faut mettre en situation, faire répéter, observer, corriger et vérifier la compréhension réelle.
Prévoir des conditions de travail minimales mais non négociables
Enfin cela semble évident mais, les éléments matériels de base comptent énormément :
- eau,
- toilettes,
- espace de pause,
- outils adaptés,
- et possibilités d’échange avec l’encadrement.
Pourquoi ce sujet concerne directement les lecteurs du TWI Institute France
Si on vous parle aujourd’hui d’accueil, de saisonniers ou de nouveaux embauchés, ce n’est pas pour faire un article RH généraliste. C’est parce que ce sujet touche à quelque chose de fondamental dans toute organisation : la qualité de la transmission des savoir-faire au poste de travail.
Car le vrai enjeu n’est pas seulement de recruter. Il est de permettre à chaque nouvel arrivant de réaliser le bon geste, au bon niveau, dans les bonnes conditions. Et c’est précisément ce que les méthodes TWI permettent de structurer au quotidien.
Autrement dit, derrière la question des saisonniers, il y a une question plus large que tous nos lecteurs connaissent bien :
Comment accueillir vite sans former à moitié ?Pour nous, l’intégration des saisonniers, des intérimaires ou des nouveaux embauchés est un révélateur très concret de la solidité d’une organisation. Si une entreprise sait accueillir, former et rendre rapidement opérationnel un nouveau collaborateur, alors elle renforce en même temps sa qualité, sa sécurité, sa performance et sa capacité à faire vivre ses savoir-faire dans la durée.
👇 Pour aller plus loin
-
- INRS – Démarche TutoPrév’ : https://www.inrs.fr/demarche/nouveaux-embauches/demarche-TutoPrev.html
- ACMS – Sécurité au travail des nouveaux embauchés et intérimaires : https://www.acms.asso.fr/nouveaux-embauches-et-interimaires-attention-a-leur-securite-au-travail/
- Article OPCO – L’École Française : https://lecolefrancaise.fr/opco-comment-optimiser-le-potentiel-de-votre-entreprise-en-2025/
- Étude Aract Hauts-de-France – Bien accueillir et fidéliser ses saisonniers : anact.fr/hauts-de-france
- Rapport “Tensions sur les effectifs et compétences dans l’industrie” : rapport
- interministériel, juillet 2023
Prêt à passer à l’action ?
Vos tuteurs et formateurs internes sont-ils outillés pour transmettre efficacement ?
La réussite de l’intégration des saisonniers repose avant tout sur la capacité de vos encadrants, tuteurs et formateurs internes à transmettre un geste sûr, précis et reproductible. C’est exactement ce que développent les formations TWI.